NRL : la route la plus chère de France est à la Réunion ! (FR)

La nouvelle route du littoral (NRL), c’est LE chantier qui met la Réunion au coeur d’une prouesse technique et environnementale. Le projet est de créer une nouvelle route de 12km sur pilotis à 30 mètres au-dessus de la mer, en parallèle de la côte, reliant la ville du Port à Saint-Denis. Une première en France et un budget colossal. Pourquoi ? Comment ? Essayons d’en savoir plus.

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Aperçu du rendu de la nouvelle route

Débuté fin 2013, la NRL est un chantier exceptionnel par son envergure, les montants énormes investis (plus d’1,66 milliard d’euros), les retombées sur le tissu économique local et son impact sur l’environnement. Il s’agit du plus grand chantier de construction en cours en France, la route la plus chère du pays et l’une des plus chère au monde. Elle représente un tiers du BTP réunionnais et serait à l’origine d’une création de 3000 emplois.

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image : mrmondialisation

 

Pourquoi un tel projet ?

Lancé en 2010, le projet de la NRL a pour vocation de pallier les problèmes liés à l’actuelle route du littoral vieille de plus de 40 ans, complètement engorgée par les bouchons et menacée d’un effondrement de falaise. Il s’agit donc de sécuriser la route qui relie Le Port, poumon économique de l’île, à Saint-Denis la capitale réunionnaise, un axe stratégique utilisé par 60 000 véhicules/jour.

En matière de projet routier impressionnant, la région Réunion n’en est pas à son coup d’essai puisque la route des Tamarins (une 2X2 voies qui relie Saint-Denis au sud de l’île), en service depuis 2009, présentait également des défis techniques importants (environnement montagneux très escarpé).

 

Un projet controversé

La nouvelle route du littoral ne fait pas l’unanimité, pour plusieurs raisons :

Le coût exorbitant : l’enveloppe prévue pour la construction est de 1,66 millards d’euros, mais certains experts estiment que le coût réel avoisinerait les 3 millards d’euros, notamment en raison des aléas de chantier.

Les dégâts environnementaux : le chantier provoquerait de lourds dégâts environnementaux. Les coraux, les dauphins, les baleines à bosse et certaines espèces d’oiseaux risquent d’être impactés.

Pour limiter cet impact, le maître d’ouvrage a imposé à toutes les entreprises de signer une charte de sauvegarde du milieu naturel : qualité de l’eau, protection des espèces marines, dépôts nocifs sur le massif corallien, bruit sous-marin, recyclage de l’eau… tout est surveillé pour préserver au maximum la faune et la flore sous-marine.

Ainsi, des contrôles sont effectués chaque jour par des bateaux pour vérifier la qualité de l’eau. Des filets de filtrage sont posés pour limiter le dépôt de poussière sur les coraux. Une surveillance en hélicoptère est mise en place pour observer les cétacés : si ces derniers sont aperçus, l’alerte est donnée et le chantier s’arrête pour les laisser évoluer en paix.

Les conditions d’attribution des marchés : les opposants dénoncent les conditions douteuses d’attribution des marchés. « La commission d’appel d’offres du conseil régional de La Réunion a attribué les deux principales tranches du chantier – les lots digues et viaduc – aux groupements Vinci/Bouygues et GTOI/SBTPC, pour un montant s’élevant à 1,2 milliard d’euro. Grande perdante de l’appel d’offres, la société Eiffage TP a saisi tous les moyens juridiques possibles pour contester l’attribution de ces marchés, avant de voir ses deux recours rejetés par le tribunal administratif » (source : ipreunion.com).

La voiture encouragée au détriment des transports en commun : Alors que 30% des habitants de l’île n’ont pas de voiture, les transports en commun sont encore peu développés et la Réunion ne dispose ni de train ni de tramway. La circulation et le nombre croissant de voitures dans une petite île comme la Réunion posent un véritable problème sur son avenir routier.

 

Techniquement, comment ça marche ?

Je ne me risquerais pas dans de grandes explications techniques, mais voici quelques éléments pour comprendre comment un tel ouvrage voit le jour.

L’enjeu technique est de bâtir un viaduc long de plus de 5 km capable de résister aux marées et aux contraintes sismiques et cycloniques.

Il est composé de deux choses essentielles : les piles (les appuis intermédiaires, sorte de gros cylindres « plantés » dans la mer) et les voussoirs du tablier (la structure permettant de supporter les charges du trafic routier).

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Piles et voussoirs déjà posés (image : youtube)
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Une des 48 piles nécessaires à l’ouvrage (image : linfo.re)

95% des « pièces » du viaduc sont fabriquées sur terre et sont assemblées en mer. Pour cela il y a deux usines de fabrication à ciel ouvert situées au Port : une dédiée au tablier, et la deuxième en charge de la fabrication des piles.

En tout, 48 piles de 30 mètres de haut composeront l’ouvrage. Une pile complète est produite en 10 jours. Pour transporter en mer les différentes parties des piles, une plateforme flottante appelée Zourite, grande comme un terrain de foot, a été construite. A fin mai 2017, une dizaine de piles ont été posées.

Avant de poser chaque pile, un dragage est effectué afin de retirer le sable meuble pour fondation sur le sol résistant.

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La barge « zourite » chargée de la pose des piles (image : reunion1ère)

 

Pour assembler les arches du viaduc entre chaque pile, on imbrique une série de tranches de béton appelée « voussoirs ». Il en faut 1 386 au total et ils sont tous différents, ce qui complique fortement leur chaîne de fabrication. Pour les assembler de chaque côté des piles en mer, un lanceur de 276 mètres avance au fur et à mesure de la construction du viaduc.

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Voussoir (image : zinfos974)
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Le lanceur qui permet d’assembler les voussoirs

 

Enfin, des digues sont élaborées pour assurer le filtrage de l’eau, la stabilité et la sécurité de la route qui est protégée par une carapace d’accropodes (35 000 au total) destinés à briser les vagues pour réduire leur puissance.

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Accropodes utilisées pour les digues (image : zinfos974)
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Exemple de digue
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http://www.lanouvelleroutedulittoral.re

La construction de la nouvelle route devrait être achevée en 2020.

Afin d’informer les réunionnais sur l’avancement des travaux et expliquer les étapes du chantier, une émission de télé très bien faite et intitulée « NRL l’incroyable défi » est diffusée chaque dimanche sur Réunion 1ère sous forme d’épisodes d’une dizaine de minutes. A visionner sur youtube.

Et pour en savoir plus : http://www.nouvelleroutedulittoral.re


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